La légende du Graoully à Metz

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Graoully

Il y a bien longtemps de cela, dans la cité messine, un dragon effroyable semait la terreur, l’épouvante et la mort.

Il rasait les toits des maisons des messins, ses ailes dentelées déployées, l’œil vif, rouge et brillant, prêt à se jeter sur les messins. Les habitants le nommèrent le Graoully, de l’allemand ‘graulich‘, qui signifie terrifiant. Un reptile gigantesque incapable de se déplacer sur terre tant ses pattes étaient courtes, mais non dépourvues de griffes, un corps recouvert d’écailles dures comme de l’acier. Ce monstre s’offrait en festin quelques habitants imprudents. Il survolait la Ville, faisant claquer  ses  ailes ciselées, la gueule ouverte, prêt à saisir la chair d’un innocent passant.

Au IIème siècle, un légionnaire alla trouver celui que l’on nommait désormais Saint Clément et lui dit en ces termes :

« Puisque tu fais des choses si merveilleuses, tu pourrais bien nous débarrasser du Graoully. »

Saint Clément, se rendit seul dès le lendemain matin Dans la demeure  du Graoully. Le monstre avait élu domicile dans un amphithéâtre romain abandonné depuis des années, et dont les pierres étaient infestées de serpents de toutes tailles et de tous venins. Saint Clément avançait lentement sans arme vers le repère du Graoully. Soudain, les serpents se dispersèrent en sifflant horriblement, et le Graoully, immense, hideux, surgit de son trou, se dressant de toute sa hauteur devant Saint Clément, prêt à frapper.

Serein, Clément ne recula pas, il tendit alors la main vers le monstre qui, surpris, parut hésiter longuement. Saint Clément jeta alors son étole au cou du dragon. L’étole s’accrocha aux écailles, et s’enroula autour de la gorge du Graoully. Saint Clément serra très fortement le nœud et traîna le  reptile jusqu’aux bords de la Seille, avant de le jeter tant bien que mal dans l’eau.

Le Graoully tentait de se débattre. Il ne pu déployer ses ailes pour s’échapper et disparut dans les profondeurs du fleuve pour toujours.

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Metz, sous la plume de Barrès

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Metz, sous la plume de Maurice Barrès

Il n’y a pas de ville qui se fasse mieux aimer que Metz. Un Messin français à qui l’on rappelle sa cathédrale, l’Esplanade, les rues étroites aux noms familiers, la Moselle au pied des remparts et les villages disséminés sur les collines, s’attendrit. Et pourtant ces gens de Metz sont de vieux civilisés, modérés, nuancés, jaloux de cacher leur puissance d’enthousiasme. Un passant ne s’explique pas cette émotion en faveur d’une ville de guerre, où il n’a vu qu’une belle cathédrale et des vestiges du dix-huitième siècle, auprès d’une rivière agréable. Mais il faut comprendre que Metz ne vise pas à plaire aux sens ; elle séduit d’une manière plus profonde : c’est une ville pour l’âme, pour la vieille âme française, militaire et rurale.

Les statues de Fabert et de Ney, que sont venues rejoindre celles de Guillaume le Ier et, de Frédéric-Charles, étaient entourées du prestige qu’on accorde aux pierres tutélaires. On se montrait les héros des grandes guerres sur les places où les officiers allemands exercent aujourd’hui leurs recrues. Les édifices civils gardent encore la marque des ingénieurs de notre armée ; c’est partout droiture et simplicité, netteté des frontons sculptés, aspect rectiligne de l’ensemble. D’un bord â l’autre de la place Royale, le palais de justice s’accorde fraternellement avec la caserne du génie ; les maisons bourgeoises, elles-mêmes, se rangent â l’alignement, et, sous les arcades de la place Saint-Louis, on croit sentir une discipline. Cet esprit s’étend sur la douce vallée mosellane. Depuis l’Esplanade, on devine sous un ciel nuageux douze villages vignerons, baignés ou mirés dans la Moselle, et qui nous caressent, comme elle, par la douceur mouillée de leurs noms : Sey, qui donne le premier de nos vins ; Rozérieulles, où chaque maison possède sa vigne ; Woippy, le pays des fraises ; Lorry, que ses mirabelles enrichissent ; tous chargés d’arbres à fruits qui semblent les abriter et les aimer. Mais les collines où ils s’étagent ont leurs têtes aplanies : c’est qu’elles sont devenues les forts de Plappeville, de Saint-Quentin, de Saint-Blaise et de Sommy.

Maurice Barrès, Colette Baudoche, Histoire d’une jeune fille de Metz, 1909

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